Une douzaine de joueurs issus de cette structure vont d'ailleurs constituer l'ossature de la toute premi?re ?quipe. "Les trois quarts du groupe n'avaient jamais touch? un ballon et ? part ce qu'on voyait ? la t?l?, on ne connaissait pas vraiment les r?gles de ce jeu", explique Michel Nelson alors jeune boucher de 24 ans, install? ? Bobigny, qui va d?buter le rugby ? cette occasion. Les premiers entrainements ont lieu sur le terrain en m?chefer du stade Auguste-Delaune. Un environnement pour le moins inadapt?, tout comme les conseils prodigu?s par l'entraineur M. Nikoloff: "Il nous apprenait surtout ? mettre des bignes" [des coups de poing] et on a connu de s?v?res d?faites lors des premi?res rencontres. Il n'?tait pas rare qu'on perde 50 - 0 mais ?a n'a pas dur? longtemps", ?voque le vaillant pilier. Inscrit ? la F?d?ration Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), lors de ses trois premi?res ann?es d'existence, l'AC Bobigny est connu pour la rudesse de son jeu. Mais l'?quipe fanion progresse vite et atteint la finale du championnat de France en 1969, face ? B?gles. "Je me souviens que la Marseillaise a retenti sur le stade Guy-Moquet de Drancy," raconte Michel Nelson". B?gles avait sorti la grosse artillerie avec cinq internationaux sur le terrain. Le match ?tait viril et notre capitaine Guy Graal s'en est sorti avec huit points de suture au menton apr?s un coup de pied ? terre." Si Bobigny est s?v?rement battue, elle n'est pas repue. La troisi?me mi-temps voit le maire de l'?poque, Georges Walbon transport? dans une folle farandole de l'Hotel de Ville jusqu'au Caf? de la Mairie. Parall?lement, le club se structure. La m?me saison 1967 - 1968, le pr?sident M. Taric et le p?re de l'actuel responsable, Andr? Chamois, cr??ent l'?cole de rugby "qui va tout changer", dixit Michel Nelson. L'ann?e suivante, c'est l'inscription ? la F?d?ration Fran?aise de Rugby (FFR) ou Bobigny ne va pas mettre longtemps ? s'illustrer, gravissant rapidement le premier ?chelon de 3?me en 2?me s?rie.
Treize ans apr?s sa naissance, Bobigny va conna?tre ses pemiers ?mois gr?ce ? une bande de potes du cru, fous de rugby. En juin 1978, le club atteint la finale du championnat de France de 2?me s?rie, face ? Tuchan, petit village de l'Aude. Un match que les Balbyniens perdent, mais cette aventure va forger ce qui est encore l'identit? du club. "C'?tait une grosse d?ception, mais on vivait une p?riode euphorique o? les joueurs ont montr? leur amour du club. On n'avait pas beaucoup de moyens alors, pour les phases finales, les gars se sont pay? les d?placements et, pour la finale qui se jouait ? Vienne, en dessous de Lyon, ils ont laiss? le bus de la ville aux supporters. La convivialit? du club a trouv? son origine dans ce groupe de jeunes qui faisaient preuve de beaucoup de solidarit?", se souvient Jean-Pierre Bordessoules, entraineur-joueur de cette ?poque b?nie. C'est sous la houlette de ce Landais, d?barqu? ? Bobigny en 1970, que le club va poser ses fondations. "Quand je suis arriv?, l'ambiance ?tait tr?s sp?ciale. Des gens se tiraient dans les pattes et les joueurs s'entra?naient quand ils voulaient. Je n'avais que 23 ans, mais j'ai accept? ce r?le d'entraineur-joueur", raconte celui qui enfilera ?galement le brassard de capitaine. Avec la complicit? du pr?sident Andr? Chamois, le nouveau staff int?gre les juniors au plus haut niveau. Parmi eux, des noms qui vont marquer l'histoire du club: Jacky Courrent, surnomm? "Gros" par ses partenaires, Jacky Dany, Alain Chamois, Andr? Lentini... "Il n'?tait pas rare que je leur demande de doubler les matchs, en junior le matin, puis en senior l'apr?s-midi. Ils ont apport? leur fra?cheur et leur envie." Et aussi un peu de concurrence au groupe en place o? les "anciens", Pierrot Nelson, Tony Nebra, Christian Beauvais..., ne tardent pas ? se mettre au diapason. "Dans le m?me temps on a cherch? ? interesser tous les jeunes joueurs ? la gestion du club car ? l'?poque on manquait de dirigeants C'est d'ailleurs avec eux que le club a commenc? ? progresser", commente Jean-Pierre Bordessoules. Promu en 1ere s?rie en 1978, puis en Honneur l'ann?e suivante, Bobigny commence ? exporter ses meilleurs ?l?ments au Racing. Dany, Lentini, Vertiniaux partiront tenter leur chance, se faisant ambassadeurs d'une ?cole de rugby en devenir.
Mais les premi?res saisons ne sont pas celles esp?r?es et l'ACB perd du temps en effectuant des yo-yo entre l'Honneur et la 1?re s?rie, ponctu?s par trois titres cons?cutifs de champion ?le-de-France. "Il faut dire qu'? cette ?poque les d?parts de Jacky Dany, au Racing en 1978, suivi par Andr? Lentini, nous ont affaiblis. On avait perdu gros, et ?a ne s'est pas arr?t? l?, puisque dans la g?n?ration suivante, Alain Vergnaud et Eric Davil les ont imit?s", se souvient Patrick Elia dit "Craquette". Pourtant, de mani?re imperceptible, quelque chose a chang? dans l'amateurisme qui pr?valait jusque-l? ? Bobigny. Bien s?r, c'est toujours le temps des copains et des week-ends accoud?s au comptoir du 93, feu le bar de l'avenue Jean-Jaur?s. Mais d?s son arriv?e au club en 1979, le nouvel entra?neur Francis Auburgan, originaire de Nogaro dans le Gers, instaure un deuxi?me entra?nement hebdomadaire. Les effets vont mettre du temps ? se faire sentir, mais lors du championnat 1985-86, Bobigny loupe la mont?e d'un cheveu. Les spectateurs et le duo Dany-Lentini de retour au club la m?me ann?e, vont devoir encore patienter une saison. "L'ann?e de la mont?e en 3?me division [1986-1987], le club a enregistr? la signature de nombreux joueurs qui ont fait le petit plus. Et dans le tas il y avait quelques beaux poulets", raconte Patrick Elia, alors troisi?me ligne centre. Gr?ce ? ces recrues de poids (Wolf, Mouama, Doumenjou, Nicaise, Delaguillomine), Bobigny va survoler la premi?re phase avant de s'incliner en quart de finale du championnat de France. Mais le plus important a ?t? r?alis? avec la victoire en 32?me de finale contre Saint-Florent. "Un autre ?l?ment avait chang? avec l'arriv?e de dirigeants qui ont commenc? a structurer le club, rapelle "Craquette". Je me souviens que pour le match de la mont?e, nous avions dormi ? l'hotel la veille et le jour de la rencontre, nous ?tions tous v?tus d'un blazer. C'?tait une premi?re ? Bobigny. "Une ?volution des moeurs qui allait se poursuivre les ann?es ? venir.
C'est ? cette ?poque qu'on a commenc? ? poser les bases de l'organisation actuelle, rappelle Jean-Luc Pussacq qui arrive ? Bobigny en cet ?t? 1987. Il y a eu la premi?re convention sign?e avec le Conseil G?n?ral, les ?changes avec les ?coles et surtout le partenariat avec des entreprises locales. Je me souviens encore du premier ch?que de 10 000 francs de Peugeot Bobigny. Avec Alain Chamois, alors tr?sorier, et Jacky Courrent, on a constitu? un trio qui a toujours fonctionn? dans l'int?r?t du club." Parall?lement, Pussacq qui a en charge l'?quipe premi?re, tente d'imposer un jeu plus total. "A ce moment-l?, tout ?tait bas? sur un pack ?norme et un gros jeu au pied. La premi?re ann?e a ?t? tr?s difficile car il fallait faire passer un nouveau message, tout en modifiant l'organisation sur le terrain. Sans compter qu'on demandait aux joueurs d'amener moins de bi?res dans le car", sourit l'ancien coach. Cette ?poque co?ncide ?galement avec l'arriv?e des premiers professeurs de sport au sein du club balbynien, d'abord en tant que joueurs, puis dans l'encadrement. Une pratique qui dure encore aujourd'hui. C'est au terme de la troisi?me saison, et malgr? une entame de championnat totalement b?cl?e, que Bobigny va concr?tiser ses ambitions de mont?e en Nationale 2. "Je me souviens d'une r?union le 15 d?cembre 1989, apr?s une s?rie de mauvais r?sultats. Ce jour-l?, les joueurs, par la voix de Jacky Dany, m'ont demand? de revenir ? jeu plus simple. Et c'est ce que nous avons fait", raconte Jean-Luc Pussacq. Petit ? petit, les Rouge et Noir renouent avec le succ?s et se qualifient pour les phases finales, b?n?ficiant au passage du concours d'un arbitre qui omettra de signaler le carton du n?8 Bernad Paino lors du dernier match de poule. Jacky Dany bless?, c'est Sa?d Noussan qui officie ? l'ouverture lors du match de l'accession face ? la Police-Paris. Donn?s perdants, les Balbyniens maintiennent une d?fense h?ro?que et, sur un des rares mouvements du match, Bobigny va s'ouvrir les portes d'un nouveau chapitre de son histoire.
Les deux Roumains, Tudor Radu ? la botte et Ian Nicolaue au centre, rassurent l'effectif et le pilier marocain Sa?d Bouziar stabilise la premi?re ligne. L'ACB se qualifie m?me pour les phases finales en 1993 o? il s'incline face au Racing en 16?me de finale ? Plaisir. Mais un an auparavant, la d?mission de six membres du comit? directeur contestant la gestion autoritaire du bin?me Chamois-Courrent a fragilis? l'?difice. D?s lors l'ACB va entrer dans une p?riode de six ans o? le club se cherche, rate invariablement les phases finales, et manque de se perdre ? la fin de la saison 1998. Cette ann?e-l?, les "Rouge et Noir" ?vitent la descente gr?ce ? une victoire inesp?r?e ? Pontarlier lors de la derni?re journ?e. " Bobigny s'est fourvoy? pendant toutes ces ann?es en donnant trop de poids ? certains joueurs qui n'avaient rien prouv?, se souvient Patrice Gr?bille, trois-quart centre pendant ces ann?es noires. Mais le club voulait aussi rester sur ses positions d'amateur et ne pas payer les joueurs. Sans compter qu'il agissait d'une p?riode o? les entraineurs changeaient chaque ann?e." Appel?s ? la rescousse pour prendre les r?nes de l'?quipe premi?re, Jacky Dany, puis Jean-Luc Pussacq ne peuvent que constater leur impuissance. Il faudra attendre la fin des ann?es 1990 pour que deux hommes fassent ?voluer la donne: tout d'abord la reprise en mains du secteur administratif et financier du club par Olivier Astier, en novembre 1998, compl?t?e deux ans plus tard par l'arriv?e de Fred Barthe comme entra?neur de l'?quipe fanion. Ce dernier r?volutionne la structure sportive, pemettant au club de se hisser en deux petites ann?es jusqu'au titre de champion de France.
Trois fois finaliste, une fois champion, en 1999, Bobigny s'impose ? cette ?poque comme l'une des meilleures formations en Teuli?re (la 2?me division des cadets) et voit ?clore des joueurs qui deviendront de futurs pensionnaires du Top 16. Cette performance a co?ncid? avec l'arriv?e au club d'Olivier Astier - aujourd'hui directeur g?n?ral - qui va entra?ner la cat?gorie pendant ces trois glorieuses. "Je me souviens que les premiers mois ont ?t? assez difficiles, raconte l'int?ress?. Lors de la premi?re saison, je disposais d'un bonne g?n?ration qui avait disput? la finale du championnat d'?le-de-France contre Massy. Mais la culture de jeu, la diff?rence de langage et un amalgame pr?caire ont ?t? autant de difficult?s ? surmonter." Cet ancien du CASG-Paris a sa botte secr?te. En instituant un stage avant les phases finales, le coach est ? peu pr?s s?r de resserrer les liens au sein du groupe. Mais il sait aussi qu'il peut compter sur des joueurs qui, pour certains, commencent ? montrer un ?norme talent. Et ce n'est pas un hasard si lors de la finale remport?e face ? Condom (40 - 0) en 1999, deux des leaders n'?taient autres que Valentin Courrent et Yves Donguy qui aujourd'hui font le bonheur de Brive en Top 16. "Ce sont eux qui en d?but de saison avaient d?clar?: "il faut qu'on soit champions". Pourtant je reste encore persuad? qu'on aurait pu jouer les phases finales en cadets A, on rate la qualification pour deux petits points", rumine encore l'entra?neur. Bobigny la cosmopolite ?tonne et d?tonne. Parmi les 22 champions de France, on d?nombre pas moins de 16 joueurs d'origines diff?rentes. Lors de ces trois ann?es, les annecdotes ne manquent pas: la rencontre sanglante face au club Irlandais en 1998, les deux matchs nuls lors des phases finales en 2000... Mais rien n'effacera les d?ceptions des deux finales perdues face aux Gersois de Riscle qui, par deux fois, ont ?touff? les r?ves de ces gamins en culottes courtes.
A l'aube de ce championnat 2001 - 2002, Bobigny v?g?te depuis onze longues saison en F?d?rale 2 et l'ambition des dirigeants d'acc?der ? l'?lite des amateurs a failli se heurter ? quelques descentes ?vit?es de justesse. Pourtant un an auparavant, l'arriv?e de Fr?d?ric Barthe ? la t?te de l'?quipe fanion a provoqu? un changement notable. Issu des rangs du Stade fran?ais o? il a notamment coach? les Espoirs, cet entraineur, au caract?re bien tremp?, a impos? une structure quasi professionnelle autour de l'?quipe s?nior. "Deux s?ances de musculation hebdomadaires, un pr?parateur physique, un kin? et deux entra?neurs, je n'avais jamais vu ?a ? Bayonne ou ? Saint-Jean-de-Luz", constate Nicolas Sein qui d?barque en ce mois de septembre 2001 de sa C?te basque. Celui qui va devenir le capitaine de la formation entra?ne dans son sillage d'autres joueurs issus du niveau sup?rieur. Peyo Haran, S?bastien Pradayrol, Arnaud Etchegoyhen (d?j? au club) constituent l'ossature d'une ?quipe qui va propulser Bobigny en F?d?rale 1 apr?s un d?but de championnat poussif. A l'automne, la d?faite ? Suresnes, alors dernier de la poule, va provoquer une profonde remise en cause et la r?organisation de certains postes. "Apr?s ces changements, notre jeu s'est am?lior? progressivement gr?ce ? un pack tr?s performant. C'?tait un peu notre marque de fabrique", souligne le demi de m?l?e Nicholas Sein. Face ? Montlu?on dans un 1/8 de finale d?cisif pour l'accession en F?d?rale 1, puis en finale contre les Landais de Saint-Sever, les "gros" se montreront intraitables. "Plus que la finale, c'est cette mont?e qui ?tait importante pour le club. Mais j'?prouverai toujours la frustation de n'avoir pas pu soulever le bouclier juste apr?s notre titre de champion. Si je me souviens bien il y avait une gr?ve du transporteur", narre Nicolas Sein. Ce dimanche de juin, sous une chaleur accablante dans le petit stade de Malemort, Bobigny est doublement sacr? puiqu'une semaine auparavant l'?quipe r?serve a, elle aussi, d?croch? le titre de championne de France. Trois ans apr?s, et malgr? quelques p?rip?ties lors de la premi?re saison, les "Rouge et Noir" sont toujours en F?d?rale 1. "Mais on pratique encore un jeu trop restrictif, il faut qu'on arrive ? se lib?rer", explique Nicolas Sein. C'est la suite de l'histoire qui reste ? ?crire.
Cr?er une ?quipe f?minine ? Bobigny, ? vrai dire personne ne l'avait envisag?. Jusqu'ici la place des femmes se trouvait essentiellement dans les tribunes ? encourager leur m?le de mari ou bien leurs fistons. Il fallait donc que ce soit un homme, en l'occurrence un professeur de l'universit? de Bobigny, qui vienne d?marcher les dirigeants ? l'automne 2002. "Pour l'anecdote, on se trouvait ? une d?gustation de beaujolais nouveau quand j'ai propos? ? Olivier Astier et Alain Chamois de fonder une ?quipe de filles. Au d?part ils se sont montr?s m?fiants, ils avaient peur du d?sordre que ?a pouvait engendrer dans le club. Mais cette cr?ation ?tait en quelque sorte in?luctable car les filles s'entra?naient d?j? ? Bobigny", raconte Marc-Henri Kugler, co-entra?neur du groupe avec Fabien Antonelli. Les responsables ne vont pas le regretter. Parti du bas de l'?chelle, Bobigny version fille franchit all?grement deux divisions pour entrer dans l'antichambre de l'?lite d?s cette saison 2005-2006. "Au d?but, c'?tait une d?couverte pour tout le monde, mais les filles ont beaucoup donn?", raconte l'entraineur. Bien s?r, il y a ces deux finales de championnat de France perdues face ? Leucate en 2004, puis Dijon en 2005 qui restent ? ce jour les seules d?faites balbyniennes en comp?tition. "C'est frustrant, surtout pour la deuxi?me finale, mais on essaie de relativiser en se disant que nous avons le niveau", commente le coach. Mais surtout, apr?s deux petites ann?es d'?xistence, les co?quipi?res de la talentueuse Lucille Godivot ont vaincu les derni?res r?ticences qui persistaient au sein du club. "La derni?re soir?e qu'elles ont organis?e au club house eut beaucoup de succ?s et a battu tous les records en terme de recette." N'est-ce pas l? plus belle victoire ?
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réal: king Bee Studio